John Keynes, célèbre économiste, est surtout reconnu pour ses contributions à l'État-Providence, notamment en France avec la Sécurité sociale et notre système de retraite. Pourtant, l'une de ses prédictions les moins connues reste celle d'une semaine de travail de 15 heures, énoncée en 1930. Selon ses analyses, l'accroissement de la productivité, propulsé par le progrès technique, devait faciliter une réduction du temps de travail. Bien que certains de ses principes aient été intégrés et que le temps de travail ait effectivement diminué au fil des décennies, il semble aujourd'hui stagné, avec les 35 heures en France perçues comme une exception, notamment face aux 40 heures pratiquées chez nos voisins, souvent contestées par certains acteurs politiques.
Depuis les années 80, les politiques néolibérales ont pris le pas, avec une austérité de plus en plus marquée et toujours plus de contraintes imposées aux travailleurs. Malgré les critiques croissantes à l'égard du néolibéralisme depuis la crise de 2008, qui ont ouvert la voie à des alternatives inspirées du marxisme et du socialisme, telles que la réduction du temps de travail ou la proposition de revenus universels, les politiques d'austérité demeurent dominantes, avec un recul de l'âge de départ à la retraite en ligne de mire.
Le cumul emploi-retraite des seniors
En conséquence, les seniors travaillent plus que jamais, à une période où la promesse d'une retraite paisible semble s'évanouir. Le « plein emploi » est atteint, mais à quel prix ? Les statistiques du chômage cachent souvent des réalités plus sombres, où de nombreux travailleurs peinent à profiter de leur retraite. Selon une étude de la Drees en 2020, 3,4 % des seniors expriment le choix de travailler après leur retraite, représentant environ 482 000 individus. Toutefois, ce chiffre pourrait ne pas refléter l'ampleur réelle des petits boulots exercés, souvent non déclarés comme le bricolage ou la garde d’enfants.
Parmi les retraités qui continuent à travailler, la majorité adopte le dispositif de cumul emploi-retraite, leur permettant de percevoir leur pension tout en exerçant une activité professionnelle. Ce phénomène répond à divers besoins : pour certains, il s'agit de rester actif, tandis que d'autres doivent compléter leurs revenus en raison de pensions insuffisantes.
- Il existe différentes options, comme :
- La surcote, qui augmente la pension en accumulant des trimestres supplémentaires.
- La retraite progressive, permettant un travail à temps partiel tout en profitant d'une partie de la pension.
Une manière de lutter contre la précarité ?
En Allemagne, le modèle du « minijob », avec des emplois rémunérés jusqu'à 450€, illustre comment des seniors peuvent choisir de travailler dans des conditions précaires pour s'en sortir. Si en France, seulement 30 % des 60-64 ans travaillent, ce chiffre est nettement plus élevé chez nos voisins, liés à des retraites plus tardives. Les motivations derrière ce choix sont variées, mais nombreux sont ceux qui se tournent vers des petits boulots précaires. Garde d’enfants, cours de soutien, services à domicile, et même travail non déclaré deviennent des alternatives pour compléter des pensions souvent perçues comme trop faibles.
En résumé, la précarité des seniors est une question cruciale dans le contexte actuel, exacerbée par le vieillissement de la population. Plutôt que de condamner les retraités à reprendre le chemin du travail, il est urgent de repenser notre approche pour soutenir cette frange de la population. Nous devons réfléchir aux promesses d'un État-providence qui tend à faiblir, et à une économie capable de créer des conditions de vie dignes pour tous, y compris pour nos aînés.







