Le croque-notes de François Simon. Aujourd'hui, L'Hôtel à Paris.
Difficile de croire que l'on passe devant sans le remarquer. L'Hôtel, situé rue des Beaux-Arts, se fond si subtilement dans son environnement. Sans chasseur ni voiturier, aucune signalétique ne trahit sa présence. Cet établissement, qui existe depuis 1815, a vu défiler des légendes, mais demeure discret. Initialement nommé d'Allemagne, il a rapidement pris le nom d'Alsace après la guerre de 1870. Guy-Louis Duboucheron y a insufflé sa magie, transformant l'endroit en repaire de célébrités, dont Oscar Wilde, qui, selon la légende, a laissé un mot en repartant : "Je meurs au-dessus de mes moyens". Bianca Jagger, en visite d'une semaine, y est restée six mois à cause d'une annonce surprise concernant un bébé, accueillant au passage les Rolling Stones.
Autrefois, la rue des Beaux-Arts se transformait en un écrin de limousines. Grands rassemblements, anecdotes légendaires, tout cela pourrait remplir des livres. Mais aujourd'hui, l'attrait majeur réside dans la table. L'ambiance élégante, signée Jacques Garcia, seduit les convives en quête d'un cadre tranquille et raffiné (tél. 01 44 41 99 01). Lors de ma visite, une créatrice de bijoux d'Hongkong, Michelle Ong, a vanté la qualité des mets. Ici, si la note peut être salée, le cadre paisible et décontracté est inestimable. La lumière naturelle met en valeur les velours opulents, tandis que les convives partagent des rires sans gêne. La carte, audacieuse et substantielle, ne déçoit pas. En tant que grande amatrice de pigeon, Michelle a fait une commande parfaite. Pour ma part, un saint-pierre marié à une sauce d'orange et crème d'artichaut, au prix de 41 euros, est arrivé avec la délicatesse d'un ballet culinaire, épatant à la fois par son esthétique et sa finesse, sans douter d'attirer les inspecteurs du Michelin.
La cuisine se soumet à des standards élevés. "C'était merveilleux!" a déclaré Michelle en évoquant un dîner chez Laurent. Le maître d'hôtel, passant par là, l'a remerciée avec un sourire. Pour le dessert, elle a opté pour des fraises sauvages, pendant que je choisissais des fraises des bois présentées avec un fin cigare en dentelle. Un régal pour les yeux et les papilles. La fin du repas a été accompagnée de café et petits-fours. L'addition, discrètement amassée dans le sac de Michelle, nous a permis de quitter un lieu doux. À l'extérieur, la pluie s'était enfin estompée, revitalisant les couleurs de Paris, ravissant piétons et passant. Un sentiment d'étrangeté plane sur Paris, une ville oscillant entre orages et rayons de soleil, où chaque repas est une œuvre d’art, et où les films semblent se tourner à chaque coin de rue.







