Né en Italie en réponse à l'accélération alimentaire du fast-food, le mouvement slow food prône le bien-manger tout en respectant notre écosystème. Malgré son succès à l'international, cette démarche peinerait à s'épanouir en France. À l'occasion du projet Terra Madre 2012, nous avons rencontré son fondateur, Carlo Petrini, pour en apprendre davantage.
Les origines du slow food
Ce collectif a débuté comme une initiative œnogastronomique visant à lutter contre les repas rapides, évoluant progressivement vers l'écogastronomie. Ce terme combine traditions culinaires et défense de l'environnement, particulièrement menacé par l'industrialisation agricole et la perte de biodiversité.
Une agriculture idéalisée
Pour Carlo Petrini, une agriculture idéale se définit par sa capacité à nourrir les communautés localement. Les exploitations de petite à moyenne taille, engagées dans des pratiques durables, garantissent une qualité élevée tout en préservant les ressources naturelles. Cependant, il observe que ce modèle est de plus en plus menacé.
Réflexions sur le bio et le consommateur
Bien que l'utilisation de fertilisants ait eu des avantages, l'agriculture intensive empoisonne désormais notre terre. Petrini se montre sceptique vis-à-vis du bio à tendance commerciale. Pour lui, des produits bio arrivant de l'autre bout du monde ne compensent pas la valeur de la production locale. Il évoque également l'importance de s'élever au-dessus du simple rôle de consommateur en devenant coproducteur; cela implique de faire des choix éclairés et de soutenir les agriculteurs locaux.
Le paradoxe du slow food en France
Malgré son origine italienne, le slow food rencontre des difficultés en France, souvent perçue comme la patrie de la gastronomie. Petrini craint que la cuisine française ne devienne trop centrée sur elle-même, délaissant les réalités des agriculteurs. Il plaide pour une approche où plaisir et durabilité doivent coexister.
Segonzac, la première ville lente de France
Segonzac, située en Charente, a été la première à obtenir le label Citta Slow, un titre valorisant l’harmonie entre qualité de vie et respect de l'environnement. Le mode de vie "slow" ne signifie pas que le temps doit s'arrêter, mais qu'il est essentiel de ralentir pour réfléchir et savourer.
La qualité et le plaisir accessibles à tous
Petrini est convaincu que la gastronomie universelle repose sur l'ingéniosité des femmes qui ont su créer des plats savoureux et accessibles. L'objectif est de promouvoir une cuisine qui n'est pas uniquement réservée à une élite, mais qui doit être célébrée dans toute sa diversité, y compris dans les pays moins favorisés.
Économie et bonne alimentation
Redécouvrir l'art de recycler les restes est essentiel. Des plats comme la ribollita, traditionnellement à base de pain rassis et de légumes, témoignent d'une cuisine économique et durable. Il devient crucial de restaurer la valeur de la nourriture et de réduire le gaspillage.
Bio express
- 1986 : Opposition à l'ouverture d'un McDonald's à Rome.
- 1989 : Fondement du mouvement slow food avec près de 100 000 membres.
- 1996 : Lancement du Salone del Gusto à Turin.
- 2004 : Création d'une université des sciences gastronomiques.
- 2005 : Publication de "Slow Food, manifeste pour le goût et la biodiversité".
- 2008 : Reconnaissance par "The Guardian" comme une figure clé pour l'avenir.







